Vendredi 26 septembre 2008
Deux heures de marche pour faire deux tours de parc . Il fallait que je double mon trajet
habituel . Il faut que je tente tout pour venir à bout de la résistance de mon corps qui veut garder ces maudits kilos . Je me sentais tellement mieux avant . Je sais, pourtant, pourquoi c’est
arrivé aussi brutalement . Vingt ou vingt-cinq ans d’anorexie, ça n’est pas anodin . Ce corps que j’ai tant dénié, refusé, s’est peu à peu détraqué, la mécanique s’est bloquée . Mon métabolisme
est cens dessus dessous . Plus rien ne fonctionne de façon autonome . Il va de soi que ça ne s’est pas fait en un jour . Et encore, je répète que j’avais une nature résistante . Cette discipline
implacable que toute anorexique s’impose, l’objet nourriture tellement rejeté et en même temps omniprésent, obsessionnel .
Au fil des années le corps se délite et s’use infiniment plus vite que la « normale » … On s’épuise beaucoup plus facilement, on ralentit … On repousse ses limites et c’est de plus en
plus pénible . La belle énergie des jeunes anorexiques puisée soi-disant dans une euphorie … je m’inscris en faux, définitivement … c’est une souffrance, toujours … on est dans un espace qui
n’existe pas … on ne ressent rien et surtout rien de positif . On veut aller toujours plus loin, la volonté farouche est en fait fondée sur une angoisse terrible de ne pas aller plus loin, de
rester bloqué dans une immobilité qu’il faut à tout prix éviter … On ne veut pas être emprisonner, on ne peut plus maîtriser ce qui s’est enclenché … toujours plus légère … ne pas reprendre un
gramme … on est conscient du danger, mais la vie dans un corps … autre est infiniment plus terrifiante tout comme l’est ce monde auquel on n’appartient pas, dont on se sent rejeté … depuis toujours
et à l’infini . Mais la souffrance physique existe … quoi qu’on en dise . On ne l’écoute pas . On repousse toujours plus loin les limites de l’épuisement, les malaises apparaissent, se multiplient
… mais on ne peut pas s’arrêter … sinon, c’est la mort … et pourtant, précisément c’est d’elle que l’on s’approche . Toujours plus près … inéluctablement . Au fil des ans je me suis sentie de plus
en plus faible … Ca me rend dingue de ne plus pouvoir faire le moindre effort . Je me voulais sans corps … mon corps hurle, maintenant … mais c’est l’angoisse et la souffrance morale, psychique qui
est terrible, insoutenable .
par didier-liza
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