Je savais que le défi serait celui de ma vie, le plus difficile à relever, une remise en question totale et absolue, à savoir accepter d’entendre les autres … la vois de la raison en fait, parce
que la veille on m’avait conseillé d’essayer de faire enfin ce travail sur moi, à savoir noter au quotidien ce que je m’infligeais … et ce que j’aurais pu faire … une colonne + une colonne — …
curieusement, cyniquement c’est celle-ci qui apparaît la plus … apparente ! … alors qu’elle est censée représenter des éléments positifs dont j’ignore tout, comment me traiter moins durement …
je préfère de très loin cette formule à l’autre … qui m’insupporte au plus haut point … « fais-toi plaisir » … l’horreur, le cauchemar … comme si ça n’était pas le leitmotiv de
l’écrasante majorité, et pourquoi pas, ériger en valeur suprême l’individualisme forcené et autres « valeurs » occidentales quasiment revendiquées, ce contre quoi je m’élève, bien plus
que ça, je m’insurge, je me révolte … quand je relève un défi je me change en combattante … contre l’intolérance, l’indifférence, et précisément cette notion de plaisir omniprésente, envahissante,
avec tout ce que ça véhicule de monstrueux et de nauséabond … Je place le désir au même niveau … Et en l’occurrence je ne fais pas allusion à ma pathologie puisque j’ignore les deux … mais le
problème est trop vaste et profondément enraciné pour que je l’aborde maintenant, en le survolant … puisque là se situe précisément mon problème originel … du moins l’une des choses sur lesquelles
il s’est fondé … Revenons à ce à quoi je faisais allusion … j’avais décidé d’essayer … généralement quand je dis essayer … ça signifie que je ne tenterai rien du tout … mais pas cette fois, le
déclic a du s’amorcer là en fait … du reste j’ai senti quelque chose en moi céder en douceur, une partie infime … ou plus … de cette résistance et cette persistance dans la négativité et le refus …
de ce renoncement, cette obstination qui font que je cours à ma perte de façon indéniable … incurable … voilà enfin un mot que je n’avais jamais utilisé … je précise qu’il n’y a absolument rien de
cynique ici, je suis consciente que je souffre d’une véritable pathologie que je ne domine que partiellement, et qui souvent prend le pas … d’où mes angoisses démesurées, véritables
gouffres-prisons … je sais, ça sonne comme quelque chose d’antinomique … je ne pense pas, en l’occurrence, que ça le soit …