Ces
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Ces jours-ci j’ai bien cru que tout était fini . Les pulsions suicidaires de retour, ça n’avait rien d’étonnant, mais j’ai été … moralement soumise à la torture, jusqu’à ce que les pires
souvenirs refoulés très profondément dans mon inconscient soient presque … sur le point de remonter à la surface . C’est resté flou, mais je n’avais jamais rien connu de mental qui soit aussi
éprouvant … il s’en est fallu de très, très peu … et je n’ai pas lutté … mon inconscient en béton l’a fait « à ma place », me sauvant de la déraison de justesse … Mais le disque dur de
mon psychisme est saturé .
J’avais prévu que la boulimie me guetterait . Mais pas le premier jour, puisque je n’ai pas perdu un gramme, et puisque je ressemble à un ballon … enceinte jusqu’aux yeux … J’ai failli défaillir à l’époque de ma boulimie à son acmé quand une voisine de mes parents m’a dit … vous attendez un heureux événement ? Comment quelqu’un qui disjoncte complètement peut réagir dans un contexte pareil … haïssant son corps jusqu’à frôler la mort … et on me parlait de donner la vie ? L’horreur . C’était la pire chose qu’on puisse me dire … Je me détruisais sciemment, je ne pouvais évidemment pas me contrôler … je n’y songeais même pas, c’était une façon de me suicider … je ne fais jamais les choses à moitié, quand j’en viendrai au récit détaillé, ça paraîtra plus qu’évident … j’ai bousillé mon organisme à cette époque-là … et c’était avant les agressions … conscientes … Je sais trop bien qu’il y a bien pire, infiniment pire, en matière d’antécédents à ce niveau-là … c’est inscrit en moi, et c’est sans doute ce qui m’a fait prendre le pire … ou l’un des pires chemins qui soient, la mort lente, la souffrance morale, les angoisses paroxystiques … la compulsion jusque dans cette forme de toxicomanie … de dépendance médicamenteuse … tout en moi est compulsif … j’ai beau avoir l’estomac et tout le tube digestif sur le point d’imploser … j’ai un besoin terrible d’avoir quelque chose dans la bouche et ça m’arrange d’avoir mal à la gorge … ça promet … premier jour et je suis au plus mal … J’ignore si je vais réussir à perdre ces foutus kilos qui me tuent … Je me sens comme … je ne devrais pas dire ça mais … comme vaincue par les « vraies » anorexiques plus jeunes que je croise … je ne me sens plus de leur monde, même si le regard des gens se pose toujours de la même façon sur moi … je triche, ils ne m’ont pas vue avant … à la limite, si je sentais leur regards me transpercer … pour une « bonne » raison … ça me rassurerait … mais là je suis obèse … je me sens obèse … et ils me regarde en me collant l’étiquette anorexique alors que je n’en suis plus une, et je suis à la limite de perdre la raison, c’est comme si j’étais une usurpatrice, je veux qu’au moins leur regard dur me transperce … à juste titre . Je suis tout à fait consciente de ce que mes mots peuvent avoir de choquant . Mais si j’écris sur ce qui est … mon vécu … mon ressenti d’anorexique … ce n’est pas pour ménager les sensibilités . J’ai une fois de plus pris conscience aujourd’hui que personne ne comprend rien à l’anorexie … tenter d’expliquer ce qu’est ce mal est vain . Pourtant c’est déjà assez dur de se dire anorexique … j’ai attendu d’avoir plus de quarante ans … et je deviens dingue quand les gens me disent que je ne mange pas . Ils pourront … j’allais dire j’espère … me dire ça dans une ou deux semaines … quoique je doute fort que la descente pondérale soit si rapide … mon corps se venge … j’en ai perdu le contrôle … et à chaque fois que je croise mon image difforme sous la douche je suis prise d’une pulsion violente … j’ai envie de découper tout ce qui dépasse … à coups de lame de rasoir … en tous cas, tout pour le faire de manière radicale, et voire couler mon sang ne me gêne en rien … bien au contraire . Ca y est, je vais passer pour maso … Non ! Je ne le suis pas … il s’agit d’un problème beaucoup plus grave lié précisément avec des événements … ou plutôt des scènes très violentes de ma vie .