Vendredi 25 juillet 2008
                  

             Nuit de plomb, et une autre question, justement, l’anorexie comme remise en cause symbolique s’il en est, l’anorexie comme un questionnement sur la condition humaine, inconciliable, inacceptable . L’anorexie comme impossible poétisation . La vie désincarnée, évanescente, avec seulement, comme rêves inaccessibles, des cœurs à cœur, recherche d’âmes sœurs plurielles et pas d’un autre soi, alors certes, refus des désirs et des plaisirs de la chairs et des nourritures spirituelles comme seules nourriture, aussi folle que soit cette non-inscription dans une vie tangible respectant toutes les règles de la condition humaine, pour les anorexiques c’est impossible, inacceptable, trop dur à endurer, compromis qui ressemble trop à une compromission quand nourrisson on s’est jeté sur un biberon-amour, un biberon-tendresse, et les larmes à l’intérieurs, déjà ravalées … quand on entre dans ce monde en mangeant de ce « pain-là » pour se faire aimer, l’onirique se perd, s’égare … et le sang coule un peu comme si l’âme plus que meurtrie, ébréchée, se mettait à perdre son sang, directement reliée au cœur … le goutte-à-goutte, perfusions refusées, besoin intensif de soins tout autres, d’attention, de tendresse, d’affection . Tout remonte au tout début . Ce poids écrasant est celui de l’éternelle présence-absence, celle du vide, de ce vide-là, toujours le même, le plus fragilisant, alors on se change en fragments de porcelaine … sans poupée … et sans amour ressenti dans la chaleur bercée de bras aimants … Il ya bien la chanson douce, manque la berceuse, manque le réconfort, et c’est ainsi qu’on a peur, toute une vie durant, et qu’on se meurt chaque jour, à se détruire sans savoir pourquoi, ou sans jamais vouloir se l’avouer, parce qu’au fond on le sait trop bien, mais quoi qu’on fasse, c’est d’Amour qu’on mourra, un Amour universel, de ceux qu’on dit impossibles … et pourtant … des anorexiques on apprend … le désintéressement, l’amour infini de l’Autre, l’altruisme, enfin non, on s’y refuse, mais on pourrait … et en entrant dans leur cœur, pas si sauvage que ça, on pourrait les empêcher de sombrer, de détruire ce corps qu’elles ne peuvent accepter, trop lourd, toujours … mais être là … c’est tout, je veux dire, c’est immense … c’est tant, pourquoi est-ce trop, on en fait bien plus pour le futile, le dérisoire, et pas la peine de sortir l’artillerie lourde, les anorexiques ont la fuite facile, parce qu’elles ont peur, tellement peur, est-ce si difficile à comprendre, que farouche ne doit pas mener à chercher à faire mouche à tous les coups, à traquer, à matraquer, à emprisonner dans des cages aux barreaux empoisonnés … la problématique est infiniment complexe … elle vaut la peine qu’on s’y attarde, toutes les énigmes sont autant de questionnements sur soi, sur ce monde si matérialiste et rempli à ras bord de dérisoire et de futile, alors pourquoi tant de coups assénés sans jamais vouloir comprendre, pourquoi toujours ce rejet, cette peur de la différence, de ce que l’on ne peut pas comprendre, parce que l’on s’y refuse, tout simplement … Nous avons tous notre place … nous devrions l’avoir . Pourquoi ce monde formaté … si les anorexiques ne songent qu’à éviter de reproduire la souillure, si c’est ainsi qu’elles en arrivent aux confins de la mort, c’est un mal si profond, qui s’enracine dans les profondeurs de l’âme, justement, là où entre la vie et la mort se trouve la ligne … infime … comment peut-on aimer un monde dont on est rejeté, exclus, parce que … différent … veut-on des clones, absolument, des corps trop sexués … c’est tout cela que les anorexiques se battent, mais elles souffrent toujours, elles ne trouvent jamais le repos, sourient avant les coups comme les fleurs avant qu’on les coupe, si belles, si ouvertes … et qui savent que bientôt elles mourront … enfin, pas tout de suite, mais elles savent lorsqu’il est trop tard … c’est si dur de vivre sans tendresse, de souffrir toute une vie à en mourir … est-ce si difficile de comprendre … et d’accepter cela … si difficile de sortir de sa bulle de présent pour contempler les ruines des cœurs mutilés … en miettes … à reconstruire et surtout pas à vendre … comme un arbre renaît sur une terre brûlée, les anorexiques seront toujours fragiles, il leur manque juste un petit rien qui fait tout pour qu’elles puissent parvenir … douloureusement, certes, mais c’est déjà tant et tant … à vivre et pas à survivre en mourrant finalement de solitude un jour de désertion, de renoncement, d’abandon … j’aime tout ce qui est fragile, je ne savais pas que je l’étais autant, mais il me faut bien le reconnaître, je suis vulnérable comme personne, je suis de leur monde, je vis l’enfer de leur enfermement au quotidien, je vais mal … je suis allée infiniment trop loin, bien trop loin, j’aurais tant aimé connaître une vie douce … et pas seulement une chanson douce … j’avais la musique comme seul réconfort, elle est toujours là, mais parfois, quand je m’approche un peu trop de la zone interdite … de la zone la plus dangereuse … je ne la perçois plus, elle ne me fait plus vibrer … et comme épuisée je me relève encore … pour les mots … pour l’harmonique, la note unique, celle qui devrait faire vibrer le monde entier au même moment … Poétiser le monde, c’est tout cela … mais si c’est en se mettant autant en danger, c’est bien trop cher payer, et j’en appelle aux cœurs pour qu’ils s’ouvrent et ne soient plus ni aveugles ni sourds, les regards ne doivent pas être des armes, jamais … ils sont fait pour les larmes … pour l’émotion, et donc reliés aux cœurs … à l’infini, cette source-là ne se tarit jamais … c’est aussi celle de l’âme .
par didier-liza communauté : Au fil des mots
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