Je
Je m’épuise pour essayer de me sentir en vie … ça semble contradictoire a priori et même, un non-sens, mais si j’ajoute que j’étais vide de toute énergie vitale … et je le suis de plus en plus,
shootée ou pas … parce que pour tordre le coup à cette maudite angoisse il me faut faire fort, et ça ne marche vraiment pas à tous les coups . Entre la vie et la mort depuis toujours, je ne suis
jamais qu’en équilibre très instable, je n’existe qu’avec la musique, elle me recharge et me reconnecte quand mes batteries sont mortes, puisque je peux être comme une pile électrique c’est bien
dans les deux sens que ça peut fonctionner … j’ai toujours été une boulimique de musique, il m’en faut toujours plus et m’en priver c’est me couper l’arrivée d’air, le souffle, la voix, tout …
les mots aussi . Je ne suis jamais entrée dans la vie, bébé j’avalais mon biberon sans jamais rechigner parce qu’il me tenait lieu d’affection, et quand l’amour passe par là … plus tard on peut
imaginer ce que ça peut donner … d’autant que tout a continué … je ne me suis pas inscrite dans le moindre choix de vie, jamais, on ne m’a pas laissé le moindre choix, jamais je n’ai pu envisager
la vie sous un autre angle, étais-je vraiment ancrée dans la réalité
L’effraction crée une fracture irréductible . Et quand elle se répète à de multiples reprises … Le principe des vases communicants … d’effraction en effraction … tout ricoche, tout ce qui se décoche et rebondit du pire au pire … Une telle brèche est impossible à colmater, c’est une blessure qui saignera jusqu’à la fin .
Le regard … ou son absence … quand j’ai mal je sais de quoi je souffre, quand je meurs je sais pourquoi, mais je suis seule aussi pour ça … quoi de plus « naturel » pour moi qui suis l’extra-terrestre de service tant mon hypersensibilité va loin … et la tolérance toujours … l’amour des autres et la culpabilisation qui fait que quand on me frappe verbalement je retourne tout, à la seconde même … sur moi-même …
J’ai brisé tous les miroirs pour ne plus y voir mon reflet . Aimer les autres est une douleur et c’est dans une solitude déchirante que je m’éteins sans un bruit, comme je l’ai fait dès mon entrée en ce monde, ce monde dont je ne voulais à aucun prix, car mon âme fragile devait déjà savoir quel en serait le prix . Tout s’est fait sans moi, pour eux, eux qui m’ont aimée étrangement, qui m’ont fait tant souffrir sans le savoir … sans le vouloir …
Comment imaginer une vraie vie … avec de la douceur, de la tendresse, de l’affection, tout ce que je ne percevoir que de l’extérieur . Un rien me fait fondre, un rien me tue . Ou je suis vide, mon cœur se meurt . Quand je retombe c’est toujours encore plus fort, ça fait encore plus mal, je ne sais vivre que sur le fil du rasoir qui finira par me couper en deux, et la mort me prendra . Elle me guette ou plutôt c’est moi qui la guette depuis si longtemps . La vie ne peut être qu’une fatalité pour moi . Rien d’autre . Me détacher plus … c’est impossible, je n’ai jamais été aussi enfoncée, embourbée, enlisée dans une solitude mortelle .
J’ai mis plus de quatre décennies à apposer à ce que je vivais … le mot souffrance . Je me suis par là-même interdit de la dire … de « me » dire . Souffrance qui est allée de pair avec ma venue au monde, naissance déjà étroitement liée à la mort, souffrance de la mort elle-même, souffrance se nourrissant de tous les rejets, de tous les abandons, mais aussi, avant tout, d’une culpabilité dévorante, et d’un déni de soi … comme une impossible incarnation, s’inscrivant dans un mysticisme pour le moins confus … et troublant . Coupable de naissance, et de rejets en abandons, la déliaison, le morcellement en lieu et place de la structuration, une vie … contre-nature, une vie ne pouvant s’inscrire que dans le déni . Souffrance se développant dans la fragmentation d’un être à peine reconnu comme être … comme existant . Une vie indissociable de l’idée de la mort . Une vie à la dérive, vouée à l’errance, une vie sans substance ou presque, une vie impossible, totalement … improbable et ne s’inscrivant nulle part, enracinement tout aussi impossible, et paradoxalement, tant et tant de déracinements, racines hors de la terre, la proie de tous les éléments … comme autant de périls constants . La souffrance comme mode comportemental, peut-être irrationnel, et pourtant … Silence imposé, amputation de l’émotionnel qui n’a fait que le renforcer en dépit d’une quête désespérée, éperdue de rationalisation, quête de sens, hors du refuge de l’illusion, loin de toute « pensée magique » … salvatrice … alors, l’autodestruction comme mode comportemental, à l’instar de l’inévitable psychose initiale, à jamais indissociable de la lutte pour une forme de vie trouble et non-désirée, de cette amputation de surface … celle du ressenti, de l’émotionnel mortellement déchiré, indissociable, tout autant, du développement dans une joute des plus périlleuses, écartèlement constant, et le pire des dangers dans ce rôle dissimulé mais consenti … « double-je », dédoublement et inscription impossible dans l’interstice le moins détectable qui soit sur lequel tout se fonde et tout se fond, se confond, défi impossible à relever, exister sans être au monde, par nécessité au sens philosophique du terme . Souffrance à laquelle on est confronté, de manière frontale et brutale, violence indicible et à jamais non-reconnue, silence de la fracture et glissement dans l’interstice, la brèche de plus en plus retreints entre la vie et la mort . Course-poursuite effrénée, les limbes … jamais loin, et la plus profonde des angoisses existentielles, les arcanes de la nuit après l’aveuglement initial … celui de la lumière trop crue, naissance comme un « souvenir » … ou un fantasme, une projection, dans le sang … Auto-destruction et défi de la survivance, pourtant, jusque dans le plus cruel des non-sens, détresse indicible … à tout jamais . Mais l’inexistence, la non-incription dans la vie véritable, ou seulement de manière de plus en plus fragmentaires, à jamais funambule sur le fil du rasoir . La fin, jamais loin, et une vie sans vie, et pourtant si blessante … si déchirante, âme abîmée … Régulation impossible dans l’autodestruction même, sauvegarde apparente … Peut-on exister sans l’alliance, l’allégeance, sans le Lien ? Dans l’enfer sans vie de la solitude absolue . Une présence, un soutien … au « presque » bout de cette vie mortelle … et quand ne reste plus que l’abandon, que faire sinon déserter … une histoire qui n’a jamais été mienne … dont je n’ai jamais été … actrice . Le déni de soi … impossible d’en sortir si personne ne reconnaît cette souffrance si longtemps envisagée comme inavouable … ? Les mots, même asséchée, même … hors contexte, à cause d’une déconnection partielle constante … du vécu … inaccessible ? Sans présence, fût-elle lointaine, sans reconnaissance, sans parole, faute d’écoute possible, sans « contrat » avec quiconque pourrait alléger la souffrance … le vide existentiel et affectif sera mortel .