Dimanche 6 juillet 2008

 

                  

            Mon septième sens fonctionne toujours . Après des mois sans s’être croisée, j’ai retrouvé la fille dont je parlais une heure plus tôt, il était donc « écrit » que je devais la rencontrer … On a parlé de quoi … d’anorexie bien sûr, elle est beaucoup plus jeune que moi mais a la maturité de son refus d’elle-même . Elle était avec une copine qui connaît la question, elles ont du en parler souvent . Elle a pris du poids et ne se supporte plus, évidemment, comme moi . Elle c’est parce qu’elle a arrêté de fumer . Mais une simple remarque innocente « pas méchante » sur le fait qu’elle avait grossi et elle s’est remise à fumer, elle commence à reperdre, elle m’a rappelé des choses qu’elles m’avaient dites et que je n’ai pas mentionnées … elles sont tellement dures … la sonde nasale qui allait jusqu’à l’estomac … Je suis descendue à un poids inférieur mais je suis incontestablement plus résistante … par qu’elle a eu des tas de marques sur la peau, quand elle était au plus bas, des oedèmes, le moindre heurt sur un meuble, un rien, et des bleus partout … ça, je connais … L’incompréhension de sa mère qui s’énervait après elle en lui criant « tu le fais exprès » et d’autres amabilités … jamais la volonté de comprendre, elle la traitait comme si elle était encore une ado … c’est vrai qu’on ne parle que de rébellion, et de tout ce qui concerne les ados en général, mais on ne parle jamais des anorexiques « chroniques », celles qui comme elle et moi ne s’accepteront jamais, dénieront toujours leur corps … celles qui savent exactement ce qu’elles sont et où elles en sont … mais sont renvoyées toujours aux mêmes clichés … et mes kilos en trop, je lui ai dit qu’ils me rendaient dingue, elle m’a dit pourtant tu le sais que c’est mieux pour toi, oui, mais pas si vite, on se faisait écho, comment avec le recul ne pas être d’accord sur tout … on sait qu’on se met en danger … on n’a pas envie de mourir, mais ce qui nous échappe c’est qu’on ne peut chasser ce mal-être qui nous rend la vie impossible, différentes sans l’avoir voulu, jamais … il n’y a plus de différences d’âges passé vingt ans entre les anorexiques, elles analysent de la même façon les phénomènes top-models, corps refaits de part en part, et nous, obsédées par un surpoids qui n’existe pas, ne devrait pas se poser comme tel, et notre image faussée, on sait tout ça, et ras-le-bol des étiquettes des psy et du regard des gens, d’un entourage qui nous pourrit la vie … Elle a la force de vivre, elle est beaucoup plus tournée vers la vie que moi, et ça n’est en rien une question d’âge, c’est une autre forme d’anorexie qu’elle endure, elle est plus courageuse que moi, on est toutes différentes les unes des autres, c’est bien ce qui rend ce mal plus complexe que tous les autres … les critères, les références, les schémas établis sur des bases totalement incertaines, les tentatives d’appréhension sont toujours réducteurs, certes, il faut chercher en amont, mais c’est « de l’intérieur » qu’il faudrait essayer de comprendre … et aucun thérapeute n’est capable de faire ça … ou ne veut le faire … il se pose en détenteur d’un certain savoir et en tant que tel ne peut admettre d’envisager … l’échec . Or ce qui tue les anorexiques, ce sont tous ces murs d’incompréhension … d’où un non-dit … et toutes les portes qui claquent les unes après les autres alors … rien à attendre …

          C’est l’environnement immédiat qui rend la vie tellement invivable qu’on perd toute faculté de discernement, qu’on cesse de lutter, qu’on se rend, les armes à la main … des armes factices, celles des gens fragiles, qui se dressent comme ils peuvent, et savent que personne, jamais, probablement, ne fera l’effort de les comprendre et les traiter ainsi c’est les condamner . L’énergie vitale s’émousse, et s’épuise  ……  Je me suis défoncée pour mon neveu … je lui ai fait une promesse … il compte sur moi . Tout à l’heure, écrasée par l’innocente violence et l’indifférence des autres, je me suis sentie mourir, la douleur au niveau du cœur … et plus possible d’appeler qui que ce soit … Je me suis vue morte … ou plutôt, bien pire, j’ai vu ce gosse apprenant ma mort … Je sais qu’il a vraiment besoin de moi, il m’a dit des choses bouleversantes, l’autre jour, il a même dit à sa mère qu’il se sentait mieux après m’avoir parlé … mon Dieu … penser à mes parents était déjà au-dessus de mes forces, mais voir les yeux bleus, le regard d’ange de ce gosse qu’on dit caractériel … c’est un petit ange pour moi, tellement sensible … personne ne le comprend comme moi, et si je disparais … le monde s’écroulera pour lui … Je ne peux pas retenir ma vie plus longtemps, trop de tensions, trop de pression, trop de fatigue, de problèmes de santé … Mais j’ai craqué en imaginant ses larmes … qu’est-ce qui peut être pire que de déchirer, transpercer le cœur d’un enfant ? Je l’aime vraiment, il a eu son lot de souffrances … et si c’est moi … Je serai la plus coupable des coupables … à tout jamais … Je ne sais plus comment faire pour tenir …Je n’ai plus la force, mon sort n’est plus entre mes mains …
par didier-liza communauté : Ecrire
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