Je savais hier que pour ce jour, concernant l’écriture et même … ma vie, c’en était fini . Mais je ne m’attendais pas à un tel clash hier soir, j’ai dit que c’était réellement terminé . Je ne suis
pas restée . Je n’avais pas décidé de traiter quiconque de cette façon mais la légendaire lâcheté des uns et des autres m’a fait imploser … le choc a été rude, j’en ai senti les répercussions
immédiatement au niveau cardiaque . Je voulais voir une émission mais je ne pouvais plus rester . Avant le dîner j’étais inerte . Je ne pourrai plus jamais écrire devant personne . Aujourd’hui
j’aurai très peu de temps … Maintenant … éviter le sujet épineux . J’ai refusé de manger seule ce soir et que le repas me soit préparé . Rien n’aurait pu me faire changer d’avis . Idem hier soir
pour que je revienne dans la pièce . Je voulais vraiment voir cette émission importante, pour une fois . Mais je ne reviens jamais sur ma parole . Quoi qu’il en soit j’ai pu constater que j’avais
vraiment « des vertus soporifiques » …Bon, c’en est fini pour aujourd’hui sur ce sujet, je ne sais plus quoi répondre même par écrit . Je ne sais plus non plus comment continuer …
replonger dans mon passé pour restituer les événements les plus durs est quelque chose que je n’arrive pas à me résigner à faire … peur de trop y penser, de toutes ces morts que je n’ai jamais
oubliées … tout au long de ma vie … Peut-être que la moyenne des gens arrivent à vivre avec tout ça, pas moi . Je ne re-visualise pas des scènes très anciennes de façon aussi précise et elles ne
reviennent pas aussi souvent à ma conscience par « hasard » … mais les raconter peut m’achever . Je préfère encore qu’on ignore tout ça … y perdre ma crédibilité, à nouveau, si toutefois
j’avais réussi à en acquérir ne serait-ce qu’un peu … Je ne peux pas … Je terminerai … je ne sais pas encore comment . Ce sera dans l’inachevé, de toutes façons, mais la question est, a-t-on la
certitude que quelque chose puisse être abouti ? Il y aurait toujours … plus à dire, je ne suis pas … un « vrai » écrivain, et même si j’étais … faite pour l’être je doute trop, je
suis trop dans le questionnement, la remise en question permanente, sur tout, sur l’essentiel, et sur des riens … C’était jamais « cause toujours tu m’intéresse » … encore une phrase de
mon enfance … qui me rabaissait mais j’encaissais puisque j’avais décidé que j’étais là pour ça … Est-ce qu’un mini-gosse… mini-adulte … décide d’inverser les rôles au sein de sa famille et se
parentifie alors qu’en même temps on le rabaisse, on l’infantilise, est-ce qu’il naît comme ça comme je voulais m’en convaincre même si je reconnaissais … consciemment sans pouvoir mettre cette
réalité en mots … que j’avais changé ma nature … est-ce que j’étais vraiment d’une nature spontanée, faite … programmée pour ça … et puis mon environnement psychoaffectif m’a fait décider de tout
inverser, de tout intérioriser … la réponse est probablement … oui … et quoi qu’il en soit ça ne pouvait pas ne pas avoir de répercussions assez graves à long terme … c’était me préparer … comme
disait mon père « à des lendemains qui chantent » … à l’ironie, bien sûr … parce qu’on déchante, il m’a appris le pragmatisme, le refus de l’insouciance, la responsabilisation … mais
j’ai pris un peu de tout et j’en ai fait une recomposition qui ressemblerait à du Picasso dans ses périodes post … enfin on m’aura comprise, je suppose … je n’aime pas ça, mais c’est un peu de
cette façon dont je suis faite, je crois … Maintenant, est-ce que tout ça traite vraiment de l’anorexie ? C’était mon idée de départ, mais j’y reviendrai, bien sûr, d’autant que je suis … en
plein dedans … et d’autant que j’ai pris conscience hier soir que mon anorexie remonte à très loin, et je crois comprendre qu’on inverse mas sa nature profonde ans conséquences de ce genre … et
bien d’autres encore … est-ce que le fait d’être la rondouillarde de la famille n’était pas la conséquence de ma « responsabilisation » secrète … on n’est pas « la mère de sa propre
mère et on ne « protège pas son père … tant bien que mal … sans une transformation physique … c’est peut-être là que tout a commencé … je ne pouvais pas m’accepter puisque je me sentais déjà
comme … dans un corps refusé, de toute évidence, puisque ça n’était pas le mien … je me souviens de tout, concernant la bouffe … et quand j’ai basculé dans l’anorexie, il y avait eu des précédents
que je n’avais pas identifié comme tels … mincir … ne plus prendre un gramme, entre neuf et plus de treize ans était une façon de laisser resurgir ma vraie nature, j’avais tellement peur qu’on ne
m’aime pas, qu’on me rejette … mais mes parents en ont là encore décidé autrement … ils ont contré … contre attaqué, croyant bien faire … peut-être était-ce une grosse erreur … personne n’est à
blâmer et on ne le saura jamais … mais je sais trop que le rejet a été d’autant plus grand quand je n’étais plus … moi … pour ce qui est de mon mode comportemental, j’étais une introvertie, une
vraie, je pensais mais ne disait rien, je ne me suis jamais révoltée, pas même exprimée, et on sait les ravages que ce genre d’intériorisation peut faire … dans mon cas ça a été une onde de choc
qui n’a jamais cessé de se propager . Il faut du rêve dans une vie . C’est peut-être ce qu’on nomme l’espoir … je n’en ai pas eu … me créer un royaume intérieur imaginaire, un espace de liberté …
était inconcevable à mes yeux … j’ai décidé de m’interdire tout ça … mais je n’ai fait que faire en sorte d’induire, sans doute, les scénarios … à force de m’y préparer pour ne pas être prise au
dépourvu … je n’ai jamais aimé les surprises … jamais … parce qu’elles ne pouvaient pas être « bonnes » … pas pour moi … on n’inverse pas sa nature profonde impunément … rien n’est
dépourvu de conséquence … tout ce qu’on fait dans sa vie, tout ce qui nous construit n’est pas forcément fait dans notre propre intérêt … on peut se retrouver complètement bousillé, parce qu’on n’a
pas suivi le chemin initial, qu’on s’y soit refusé ou qu’on y ait été contraint par une éducation rigide, trop stricte, et un environnement trop limitatif … la liberté m’était interdite, et en le
constatant c’est dans ce sens que je suis allée … et j’en ai rajouté au lieu de me donner le droit d’expression … la peur du rejet … depuis toujours … on ne pouvait pas aimer quelqu’un comme moi,
je me suis vue comme nulle et non désirée … désirable … dérapages verbaux incontrôlés, incontrôlables, est-ce que les « vrais » écrivains qui sont bien installés reviennent soigneusement
sur tout ce qu’ils écrivent ?