Pourquoi je n’ai jamais reçu de signes d’affection, de gestes de tendresse, est-ce que ça doit se jouer au mérite … est-ce que je ne suis pas digne d’être rassurée, réconfortée, ça paraît si
simple … chez les autres … pour moi c’est inaccessible, et je sais trop bien que jamais, jamais ça n’arrivera . Alors ma tristesse, ma détresse, mon désarroi, mon angoisse, ma peur … augmentent
encore, on resserre d’un cran et je ne peux plus respirer, j’ai le souffle coupé, j’ai mal, tous mots sont ceux que je ne dirai pas, je ne le peux pas … à personne … je suis épuisée, me les
arracher du cœur a été tellement éprouvant … je ne peux rien ajouter, je crois … j’ai du sang sur les mains mais ne vous inquiétez pas, c’est le mien, j’ai plongé dans la blessure profonde de mon
cœur … c’est tout, pour vous ce n’est rien, pour moi c’est presque encore plus risqué que tout ce que je fais en outrepassant toujours plus mes propres limites, déjà au-delà de l’humainement
possible, mais j’ajouterai juste que je suis une toute petite nana de rien du tout, avec un cœur trop grand pour elle, et le reste … n’a pas d’importance, car seuls comptent les autres, c’est
pour eux que je survis, défiant toutes les lois du possible … je fais ce que je peux . et jamais je ne changerai . Telle ne sera jamais ma volonté, même si le prix à payer est celui de ma vie …
maintenant je referme cette pitoyable parenthèse, affligeante, pensez de moi ce que vous voudrez, vous avez le droit de me juger, mais pas sans avoir auparavant au moins essayé de me comprendre .
Je ne renouvellerai pas ce cri, cet appel, cette multiple déchirure au cœur même de mes blessures, je m’efforcerai de tenir encore, même si c’est en vain, même si c’est vraiment pour rien . Mon
combat c’est celui qui me met au service des autres, et si vous saviez toute la souffrance de ce monde, si vous écoutiez un peu plus votre cœur et si vous ne cherchiez pas à satisfaire le moindre
de vos désirs, si vous ne cédiez pas à vos pulsions individualistes, si vous arrêtiez de vous mettre des œillères, mémoire sélective, auto-programmation sur mode auto-protecteur, à ne vouloir
rien risquer vous risquez de vous perdre, je serai la dernière à prétendre connaître la vie, mais je vois tant de choses qui sont douloureuses, partout, je les ressens … toutes ces souffrances
atroces qui viennent de partout … tendez la main, est-ce que c’est si difficile, et puis essayez d’imaginer que peut-être … tout près de vous, qui sait, parmi vos proches, quelqu’un vit un enfer
que personne ne soupçonne, cherchez les exclus si vous n’avez pas appris à les connaître, ou à les reconnaître … soyez vigilants, à l’écoute, la musique ne fait pas qu’adoucir les mœurs, elle
ouvre les cœurs, j’en suis témoin, tout à l’heure j’ai ressenti tant d’émotion que je me suis dit … j’étais faite pour la musique, avec ma voix devenue trop faible, parce que je n’ai jamais crié
… jamais laissé mes vibrations intérieures prendre le pas sur quoi que ce soit qui me soit destiné … jamais écoutée, peut-être que l’excès inverse n’est pas meilleur, au bout du compte, il n’y a
qu’à regarder mon état de délabrement … j’avais appris à m’accepter … mais on m’a oubliée, partout, toujours, de tout temps, et il en sera ainsi jusqu’à la fin de mon temps . On peut mourir
d’amour des autres sans parvenir à le dire, à se dire . Je vais m’arrêter, j’abandonne, comme toujours …
Une heure sans mots après douze heures dans mon lit . J’écris ces mots de mauvaise grâce . Une émission sur l’Art . Il n’y a pas pire pour bloquer l’écriture … prise de risques … bon là entre ce
qu’on voit et les commentaires … plus de blocage . Devant une œuvre saisissante, oui, sans aucun doute . C’est bizarre je viens de voir cette chair répugnante en trop sur moi et je vois ces nus de
je ne sais pas quelle époque mais les nanas plus que pulpeuses, énormes … ça me fait presque peur … Quant au droit à l’écriture comme subjectivité … je suis mal à l’aise … si encore j’étais encore
dans ma période poésie … mais je ne suis plus que dans le ressenti, et évidemment que ça n’est pas … de l’Art . Il va falloir que j’oublie ça … trop dangereux et « bloquant » . Au diable
toute comparaison, je n’ai pas lé prétention de faire de l’art, quelqu’un a dit … arrêter le temps … et devant Cantonna qui tient des propos d’une banalité affligeante et qui fait des expos, les
sportifs sont les nouvelles figures à idolâtrer et ça me rend dingue, alors pourquoi j’aurais des scrupules et je me sentirais en état d’infériorité, le complexe de l’incapacité à produire de
l’Art, le nombre de gens qu’on disait « fous » parmi les plus grands … je n’ai qu’à laisser couler les mots comme mon sang … sans questionnement … Sortir de soi … ça c’est pour ceux qui
veulent entrer dans des mondes qui leur sont étrangers … Or ce que je m’évertue à faire, c’est de témoigner de ce que peut être un monde « différent » … un monde où je me débats, où je me
perds, je me sers du ressenti, de l’émotionnel et je ne veux pas encore souligner combien c’est dur, douloureux et pas forcément libérateur, en tous cas je n’en ressens absolument pas les vertus
« thérapeutiques » … et je n’écris pas pour ça, sinon ce serait presque faire … du « trash » et pour rien au monde je ne ferais ça, je n’ai pas survécu dans ces conditions
jusqu’à maintenant pour tomber dans le sordide, et tant pis si j’ai trop de pudeur, tant pis si j’édulcore, tant pis si je ne restitue pas les choses, les événements dans leur violence originelle …
au risque d’être incomprise je resterai dans les limites qui sont les miennes, je ne veux pas me vendre et je me fous du fric, si j’en avais je ne saurais plus à quelle association caritative le
donner … Qu’on me croit ou non m’est complètement égal, je sais comment je le ressens, et ça me suffit, finalement c’est mon problème … le fait que ça n’en soit pas un, seulement parce que j’ai
pour priorité toutes les formes de souffrance, d’injustice, d’exclusion … Je voulais tellement adopter un enfant, je me disais si j’en faisais un ce serait égoïste, et j’ai pris tellement de
remarques blessantes, coupantes, insultantes … parce que on croit toujours stupidement, dans la ligne droite et le schéma « correct » qu’avoir un enfant est un acte généreux … comme si on
ne le faisait pas pour soi … Plombée, je suis plombée, il a réussi à me faire basculer tellement brutalement que j’ai cru que mon cœur allait lâcher tellement que je me suis énervée . Je suis allée
jusqu’à crier, j’ai complètement disjoncté parce qu’il m’a ramenée à ce que je sais être le noyau dur de ma psychose … l’idée de la mort … D’habitude ce sont des tas de gens qui me matraquent sans
le savoir d’un seul mot en me parlant de ce qui ne fait que passer dans leur conscience, après ils passent à autre chose mais moi je reste enfermée dans ce qui est effectivement de l’ordre du
fantasme mortifère, mais c’est quelque chose que je ne peux pas contrôler, je disjoncte et ça m’emporte très loin, mais quand c’est une personne qui me connaît bien qui me frappe de cette façon, je
réagis, parce que ma propre mère le fait en rabaissant la « chose » à quelque chose qui fait partie de la vie, la dernière fois c’était il y a très peu de temps, elle m’a dit un truc
stupide genre prends sur toi, c’est ça, comme quand j’ai commencé à sombrer il y a dix ans, je ne veux plus entendre parler de mort, je ne veux plus voir les infos, je ne veux plus écouter ceux que
ça n’affecte même pas et partir dans une dérive qui m’emporte de plus en plus loin, aux confins de la déraison, enfin non, mais dangereusement sur la ligne qui sépare les deux, à chaque fois c’est
plus violent et si j’ai réussi à me rattraper c’est en repensant à ce qu’on m’a conseillé de faire l’autre jour … me recentrer … pas facile . Pas facile du tout .