Samedi 14 juin 2008



Je ne suis plus dévouée qu’à l’absence, à l’entre-deux, juste un souffle, de plus en plus court, presque inaudible, ma voix s’éteint comme l’a fait mon regard … je suis morte en naissant, je suis née pour mourir … comme l’enfant … l’enfant comme un ange qui a pu rejoindre un paradis qui depuis s’est perdu, l’enfer c’est pas les autres, c’est juste la vie, quand on n’est pas bien posé, drôle d’oisillon sur une branche cassée qu’un vent triomphant emporte au loin, pas de nid, pas de duvet, pas de cocon, pas de bruit, pas de cri, le papillon ne naîtra jamais, il est mort déjà avant la mutation, génération non spontanée, les esprits s’éloignent au lieu de se rapprocher, la vie comme un reproche, la vie qui a des ratées, des coups de fer, des coups de lance, des coups d’épée, de glaives, des lames toujours dans un cœur non blindé, entre cœur et âme et pas entre corps et âme … laissez partir les indécis qui ne comprennent pas d’emblée que pour exister il faut se dire, se crier, et les murmures ne donnent aucun écho, on ne veut pas les entendre, fragilité violée, dérobée à tout jamais et tout aussi brisée, fracassée mais chut ne dites rien tout doit rester secret … Les mots, il faut les oublier, il faut les taire, et tout faire pour qu’ils se muent en silences et autant d’absences … la vie est à mourir et la mort est à passer … quelquefois ça prend tout une vie mais on doit l’ignorer, ce ne sont pas des choses dont on doit parler, le réel et le tangible ont force de loi … et les fragiles ne font pas le poids, ou trop, c’est selon, les sautes d’humeur, les changements de lune, dernier quartier … avant la remonté, renaissance, trop tard toujours mais où, et pourquoi ? Les gens qui n’ont pas d’histoire, et qui ne sont pas dans leur corps, les gens qui se taisent pour mourir sans bruit, tout comme ils ont fait en naissant … Le soleil n’a jamais été là, la nuit était bien noire, il ne fallait pas attendre, et surtout, ne rien attendre, ni les moulins à vents ni les ronds dans l’eau, ni les mélodies, ni la poésie, ceux qui sont faits pour qu’on les quitte se doive de comprendre d’eux-mêmes qu’ils doivent partir … vers le rien, le vide, le néant, c’est ce dont ils ont fait, c’est tout ce qu’ils connaissent, c’est à cet univers qu’ils appartiennent, alors qu’ils y retournent et ne disent rien avant de partir, ils sont de trop et personne ne veut entendre leur litanie troublante dont on saisit rien sinon qu’elle est dérangeante pour le commun des mortels, mais ils n’en font pas partie alors on ne craint rien … en théorie, mais dans le doute on ne va surtout pas s’abstenir, on va plutôt s’assurer que tout est bien bouclé, que le chaînon non-manquant, le chaînon de trop, qui tordait la chaîne pour un simple accroc, un mouvement statique, drôle de mystère, aucun intérêt, mais danger, on ne sait jamais, quand on dit il faut se tenir à carreaux, ça n’est plus un jeu d’enfants, et de la terre au paradis ça n’est plus une marelle, dessinée à la craie mais que la pluie effaçait … maintenant c’est du sérieux il faut laver ces carreaux, souffler dessus et ne compter sur personne pour le faire, n’accorder sa confiance qu’à ceux qui vous ressemblent, c’est rassurant, c’est sans risque encouru, tout ça, c’est couru d’avance, échec et mat, on n’aime pas l’échec, alors que ces figures une fraction de secondes trop humaines disparaissent, pour ça on compte sur le décompte, sur le prochain coup de vent, à trois j’ouvre les yeux, au lieu de les fermer, et ce sera pour toujours, la vie, si on sait la prendre, c’est pourtant un jeu d’enfants, d’enfants cruels et méchants comme devraient l’être tous les enfants, mais les enfants-adultes sont bien plus dangereux, il faut les enfermer, les tenir à l’écart et à la première incartade, s’en débarrasser … qu’ils aillent troubler ailleurs le monde en perpétuel mouvement, et c’est ordre qu’on dit public, celui-là et celui des choses … que les êtres transparents s’évaporent, pendant que l’on dort . C’est mieux … On n’y pense plus et tout est bien … Tout a repris sa place initiale, on s’assure de tout, on se rassure, on s’enlace, on se mêle, et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, c’est bien ainsi qu’il était écrit … il était une fois, on passe, on oublie . Les rêves aussi … tout ce qui compte se mesure au jour le jour …. Et tant pis pour les absents … L’heure est passée …

par didier-liza communauté : Ecrire
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