J’ai vérifié le courrier, je ne le fais plus jamais puisqu’il n’y a plus jamais de messages pour moi mais là … celui que j’attendais tant … ça m’a fait un choc au cœur tant j’avais peur qu’il en
ait assez de mes appels au secours, il en reçoit des milliers, il ne me répondait plus, j’espérais … il a oublié … tant pis je me suis dit . Mais je retiens mon souffle et j’ose lire … les mots
forts, mon frère de coeur est toujours là pour moi, tout ce temps et il est là, comme à chaque instant, comme avant, encore plus peut-être, j’ai trop besoin de lui, de ses mots … un frère de cœur
on n’en a qu’un dans une vie, alors c’est pour toujours mais j’ai toujours besoin qu’il me rassure, il sait tant de choses sur moi … bien sûr j’ai toujours tellement peur que je traque le moindre
signe négatif, le moindre mot qui me ferait mal … je ne peux pas m’en empêcher, parce que ça me semble impossible qu’on s’attache à moi, que j’existe dans le cœur de quelqu’un … mais c’est le
cas, j’ai du mal à croire qu’il ne m’oubliera pas, et je m’en veux d’insister régulièrement, quand je perds les pédales, quand je perds pied, quand j’ai peur, quand j’ai mal, je me dis il a
tellement de gens à s’occuper, il en connaît tellement, mais seuls ses mots comptent, ils sont toujours si intenses, si forts, si porteurs de sens, je ne sais jamais si je dois attendre pour le
remercier, je me dis toujours je suis un vrai boulet, il va m’oublier, en même temps je n’ai pas le droit de m’accrocher comme ça, je suis si envahissante … j’ai toujours si mal quand je crois
qu’il m’oublie … j’ai tort … la preuve … je l’aime tant … la preuve que je sais aimer, je me souviens de mes doutes, je doute toujours, de tout . Surtout de moi, mais j’ai toujours peur de tout,
des autres, de la foule, de la solitude, du vide, du chaos, de tout, vraiment tout, et ce depuis toujours … J’ai peur aussi que toutes ces pages soient nulles, vides, aussi vides que moi, qu’en
les lisant … si jamais quelqu’un les lit personne ne ressente rien, qu’elles ne soient le reflet de rien, pourtant c’est moi, c’est mon cri muet, complètement réprimé toute une vie, je me vois
toujours au pied du mur, au bout de la vie, je me dis j’ai fait mon temps, et toujours en trop, je suis de trop, hier soir j’ai envoyé quelques pages à l’association de soutien, pas de réponse,
j’ai pioché au hasard, ça n’était peut-être pas une bonne idée, je n’ai que de mauvaises idées, depuis toujours, c’est vrai que je suis de trop … Est-ce que j’ai vraiment le don de me rendre
indésirable, je me déteste … pourquoi il faut que je ne vois que le négatif dans les choses positives, ça me fait perdre les pédales mais c’est le fameux « c’est plus fort que moi » …
ce qui est détruit et auto-destructeur est plus fort que tout en moi … Il est revenu, mot gentil mais ton sec, à quoi je pouvais m’attendre … il m’achève, il ne peut pas s’en empêcher … il me
bloque, dans les mots, il me bloque pour vivre, même quand il n’est pas animé de mauvaises intentions … je suis claquée, et il se tait … il m’a juste dit que notre amie de famille, la plus chère,
celle qui m’aime vraiment, est chez mes parents, mais je ne pourrai la voir qu’après le repas, plus tard, elle va me trouver une sale tête, je l’aime infiniment mais je ne saurai pas trouver en
état, ça tombe mal, ça tombe toujours mal … c’est moi qui tombe mal, dans ma chute libre permanente, je tombe de travers, comme si on pouvait tomber mentalement et même physiquement … par petits
bouts, de façon rectiligne, linéaire, comme mes mots, ces mots que je m’arrache, mais là je suis épuisée, envie de rien, comme d’habitude, non pire que d’habitude, pourquoi aucun répit, aucun
espoir, aucune once d’enthousiasme, rien …