Dimanche 25 mai 2008

                     

            Abolissement de tous les cycles naturels, je crois même que je n’en ai jamais eus, puisque je n’ai cessé d’écrire, peut-être pas ici, dans ce cadre, mais dans mes autres écrits, que je ne connais jamais aucun répit, aucun repos, aucun soulagement, et entre la non-alternance entre éveil et sommeil, la faim n’apparaît jamais, ne se manifeste pas et rien ne vient jamais me rassurer ni combler le vide, la béance, le mal-être est tellement ancré au plus profond de mon être, ou mon non-être, rêve de vide ou vide de rêves, jamais d’apaisement dans toutes ces alternances, aucune stabilité, aucune ré-assurance possible, la tension intérieure n’est jamais soulagée, tout est verrouillé par la peur, la honte, le dégoût de soi et la culpabilisation, c’est dans cette rigidité d’un corps vécu comme « inhabitable », invivable, la poursuite effrénée, on sait où elle s’enracine, mais on continue à fuir parce qu’on n’a pas d’autre référence . L’énergie vitale est elle-même dépendante, dans mon cas, puisqu’à tout cela j’ajoute la dépendance à des substances chimiques, et je ne sais plus où me placer . Jamais de lâcher prise permettant un soulagement, fût-il très limité dans le temps, aucune transformation intérieure possible, tout reste verrouillé, la peur empêche tout mouvement, que ce soit dans un sens ou dans l’autre, en l’occurrence je me sens plus qu’en surpoids, la montée fatale s’est stabilisée, mais je ne vois pas comment je peux faire marche arrière, ça n’arrive jamais, aussi je ne fais jamais de projection mentale dans ce sens . Rêves traumatiques, toujours les mêmes, comme le reflet d’un carcan qui est en train de me tuer, et comment lutte-on contre ça, écrire, c’est bien beau en théorie, mais pour moi il n’y a là aucune forme d’illusion non plus, pas de thérapie possible, la solution n’étant évidemment pas médicamenteuse, s’avère impossible en s’inscrivant dans une véritable thérapie, quant à cette prétendue créativité dont j’aurais la clé, je n’y crois aucunement . Seul le dysfonctionnement est mon mode de fonctionnement, mais à terme, c’est à l’évidence impossible, insoutenable, intenable comme position … des plus instables, invivable, le corps lui-même est impossible à endosser, au-delà d’un rôle à jouer, c’est la vie-même qui ne peut se jouer, se dérouler, je hais le quotidien, chaque jour de plus est un jour de trop, et il en a toujours été ainsi, ou il faudrait tout modifier, le contexte, les données de base, et … moi, qui ne parviens pas à être au monde, qui n’y ai jamais parvenue, t n’y parviendra jamais . Je voudrais détruire toutes mes pulsions qui me détruisent de l’intérieur, me laissent sans énergie vitale et exsangue, ça n’est pas une formule de style, mais une forme de réalité tangible et intangible à la fois . Je ne cherche aucune alternative, je sais qu’il n’en existe aucune, je suis à l’abandon, de moi-même et des autres, ce non-contrôle me place encore plus dans un monde de repli, de recluse, d’exclusion, plus de vie sociale, en ai-je déjà eu une, je ne m’en souviens pas, ce décalage est né avec moi … Tous les dysfonctionnements possibles et imaginables, je les additionne, les démultiplie et les entasse, et c’est moi qui me tasse sous ce poids . Mon propre poids . Celui de ce moi dans lequel je ne me reconnais pas . Tout m’est étranger . Je suis étrangère à moi-même, étrangère aux autres, partout, aux yeux des autres, pourquoi m’être retrouvée exclue de cet hémisphère, et de tout autre possible, il n’y a aucun rivage qui me soit accessible, et je n’ai jamais rien connu d’autre, là encore, je suis sans référence, et dans un manque aussi profond que le pire des précipices, qui n’a jamais de fin . C’est fatal . Jamais je ne saurai vivre, et survivre encore me fait trop souffrir, même, et surtout, si je n’en montre rien, plus rien du tout, j’existe encore beaucoup trop, seulement pour moi-même, disponible, ouverte aux autres, autant que j’ai pu, mais aujourd’hui, je ne tiens plus qu’à un fil qu’une partie de moi voudrait tant couper, cette lutte incessante de toute une vie, lutte secrète, qui n’apparaît pas au vu et au su de tout le monde, multi-facettes, société oblige, et pourtant je ne m’y reconnais pas, je suis faite de tous ces morceaux, pas très brillants, et même pire qu’un miroir sans tain  .        

          Je ne recomposerai jamais le puzzle . Je veux rester amnésique . Chaque jour est un moment charnière pour moi . Chaque instant . Je viens d’exploser, de hurler au risque d’avoir un pépin cardiaque qui peut m’être fatal . Si j’avais eu un enfant l’horreur enfouie au plus profond de mon inconscient aurait peut-être ressurgi . Comme je n’en aurai jamais je ne saurai jamais .
par didier-liza communauté : L'art et la manière
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