Samedi 17 mai 2008

            Partager mes émotions avec un écran … ça n’a aucun sens, c’est même absurde, je ne vais pas écrire … parce qu’il faut que j’écrive pour rester en vie, c’est la plus mauvaise raison qui soit, surtout pour moi qui n’ait jamais réussi à vouloir vivre, je suis allée beaucoup trop loin, plus aucune marche arrière possible, j’ai atteint le tout dernier degré, je ne sais même pas ce que sont les mots que je suis en train d’écrire, c’est comme si quelqu’un d’autre les écrivait à ma place, je suis passée en pilotage automatique, et je plane ailleurs, loin, si loin … nulle part . Je vais mourir sans même m’en rendre compte si je continue dans cette voie à cette vitesse, au bout de l’impasse je vais m’écraser à deux cent à l’heure sur le mur … au fond . Je l’entr’aperçois, mais c’est de plus en plus flou, et je ne sais plus qui est ce je qui reste là, et qui est parti, je suis insensible, ça y est j’ai passé le cap, je ne souffre plus, je me suis terrée de peur d’être aveuglée, éblouie, je sais que plus rien ne compte, la vie n’était qu’un mirage et je l’ai toujours su, il ne reste plus rien …Fuir … c’est fait, je crois, je suis inaccessible, j’ai quitté cette hémisphère, enfermée dans ma sphère, j’ai même quitté cette planète, je flotte au milieu de nulle part, entre la vie et la mort, je ne suis plus consciente, je me suis lâchée moi-même, j’ai effectué le seul lâcher prise dont j’étais incapable, vaincue par l’usure, les souvenirs ne refont même plus surface, j’ai les yeux fermés, je ne vois plus rien, la résignation, je n’ai plus besoin d’avoir peur, le vide est partout, je n’existe plus, le mystère s’obscurcit, devient plus lourd, si je m’endort c’est la mort, les morceaux dont j’étais constituée ont été éparpillés par un vent violent que je n’ai pas senti venir, au-delà des océans, le bleu du ciel a viré au noir, c’était tout ce que je connaissais, où sont passées les émotions qui me tenaillaient, me serraient la gorge, tuait en moi les mots, le souffle, et la dernière des mélodies, je me suis drapée dans le silence, j’avais froid mais je suis au fond de l’oubli, à l’abri, je ne suis même plus fragile, je suis partie, personne n’ira me chercher, je n’ai jamais vraiment existé, tout est si flou, tout est si voilé, plus rien ni personne ne peut m’atteindre, je suis au-delà de l’ici et du maintenant, je l’ai toujours été, je ne suis jamais née, j’étais dans l’errance et je ne me suis jamais inscrite dans cette vie de plomb, il n’y a plus de couleur, pas même celle du sang, finalement tout s’est arrêté sans que je m’en aperçoive, comment dit-on ces choses-là, la dépersonnalisation, est-ce que c’est proche de ça, ou est-ce simplement la mort avec laquelle j’ai tant flirté que je n’ai pas su me raccrocher à cette Vie dont j’ignorais tout et qui me faisait si peur, parce que si j’avais un corps, alors je ne pouvais être insensible, au-delà, est l’Au-delà, finalement je ne sais plus pourquoi j’avais peur, j’ai frôlé ce seuil tant de fois, ce n’est qu’une page arrachée, déchirée, il ne reste plus rien, pas même un parfum, une effluve, ou un souffle, pourquoi dit-on … dernier soupir … Je ne ressens plus rien … est-ce ainsi que les hommes meurent, je n’ai plus à me poser la question, toutes les questions doivent demeurer sans réponse, plus loin on se place, moins on court de risques, la vie est coupante, c’est elle qui répand le sang, elle a été la lame sur laquelle j’essayais de me tenir, j’ai tenu longtemps, il me semble, mais qu’est-ce que le Temps, il n’existe pas, c’est étrange, les peurs s’en vont, il n’y aura plus ni jour ni nuit, il n’y aura plus rien, je serai dans les nuages, ceux que je croyais de plomb, mais ils sont si légers, et je m’y évapore, les yeux fermés, je suis indifférente, j’ai croisé une pâleur mortelle, reflet de l’image de celle que j’étais, peut-être, je ne sais pas, je ne sais plus rien, nulle part, si je me suis perdue c’est que tel était mon Destin, il en a été décidé ainsi, je n’ai plus de sensations, je n’étais peut-être même pas un être humain, ça n’a rien d’une tragédie, il n’y aura que l’oubli, la vague déferlante est passée, et je suis passée au travers, l’écume est tout ce qui reste, je m’étais noyée dans des larmes invisibles aux regards, les larmes de l’âme, je ne fais plus qu’une avec cette image évanouie, il ne reste plus rien, la douleur est ailleurs, elle va finir par céder dans cette absence, je n’aurai plus jamais rien à craindre, je suis partie, il n’est plus temps de chercher dans un passé décomposé, je suis absente, je le suis vraiment, j’ai juste une étrange sensation de trahison dans la fuite, mais pour qui, et pour quoi, je ne sais plus, je ne sais pas . Il reste une vague mélodique, l’harmonique … unique . Je devais aller jusque-là, je devais traverser ce miroir avant qu’il ne se brise … à tout jamais, tout est éphémère, c’est l’art de la ligne de fuite, la seule perspective emprunte d’une telle forme de pureté, c’en est fini de tout ce poids, je me suis « laissée » fuir, je me suis laissée faire, plus rien n’a compté quand tout a basculé, tout s’est allégé, et j’ai cessé de ressentir … tout ce à quoi je voulais échapper … C’en est fini de tout cela, je peux m’abandonner à cet état flottant, à ce rien qui me porte, qui m’emporte … insensible, je suis enfin absente … et rien ne reviendra, je n’aurai plus peur, je n’aurai plus mal, plus personne ne peut me voir, me toucher, me blesser, j’ai trouvé la seule issue possible dans une fuite incontrôlée … et ainsi tout est bien . Plus de pensée … plus rien .
par didier-liza communauté : Les écorchés vifs
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