Je ne peux pas aller plus loin . Je pense, donc je fuis . Je ne veux plus voir personne, je reste recluse, aujourd’hui, marche ou
pas, soleil ou pas . Plus jamais ça … Hier je croyais en vouloir à la terre entière, j’étais comme une pile électrique, version usée, et le soir j’ai refusé de continuer à survivre, tout simplement
. Refusé d’écrire un seul mot . J’avais inversé le défi . Rupture de la lutte pour ma survie comme un défi, seul moyen de me faire me relever … et plongeon la tête la première dans ce qui est pour
moi la pire des attractions, des tentations, arrêter les mots devenus … seule source d’énergie vitale, et seul combat possible . Ma fin comme nouveau défi, ou plutôt retour à ce qui m’est le plus
familier, abandon, renoncement, résignation, pire … désertion . Je ne pouvais plus . Deux jours trop éprouvants . Trop de gens . En fait ils me terrifient . Je suis vraiment en train de devenir
asociale . La veille c’était l’état de parano dans lequel j’étais qui m’avait bloquée dans l’écriture, et hier, idem, en cent fois plus mortifère . J’ai reçu un signe mais l’épuisement, le
relâchement forcé « aidant », m’a empêchée de me relever en m’y accrochant . Je n’avais jamais ressenti un nihilisme aussi puissant, aussi présent, plus qu’envahissant, j’étais comme
possédée, engloutie par le vide, et je le laissais l’emporter, gagner, m’achever . J’ai repris mes vieilles feuilles manuscrites … même ça s’est avéré vain . J’avais prévu de me tenir à ce que
j’avais prévu, comme un devoir moral, et quelque chose à accomplir, nécessairement, dans le sens philosophique du terme ( ce qui ne peut pas ne pas être ) … Mais j’étais vaincue, et ça n’est pas la
faiblesse, je devrais dire l’absence de son argumentation, qui allait me rattraper . Contre une telle attraction … fatale sous une forme particulière … on ne peut rien . Je faisais un tel blocage
dans un négativisme surpuissant que tout était perdu . Je ne voulais plus vouloir, et puis je n’avais plus la force de faire sauter ce barrage énorme, alors je suis restée là, en vain, et plus rien
n’était possible, et ce matin encore, je suis restée là . Arrêt sur absence d’image . Stop . Je n’irais pas plus loin, c’était tout . Maintenant c’est l’épuisement et le risque de me faire
surprendre qui me bloque . Je ne dors plus depuis son retour de voyage, je ne m’en sors pas, on ne surmonte pas les épreuves de toute une vie quand elle fond comme un bloc de glace, quand c’est une
telle masse, un tel poids . Je veux rester seule, je ne peux plus du tout affronter le monde extérieur, c’est une certitude absolue étant donné l’état dans lequel ces deux jours m’ont plongée . Je
suis devenue encore plus vulnérable que je ne pouvais l’imaginer, il me faut bien l’admettre . Je vis sous l’emprise de la terreur, ou de l’angoisse quand je m’enferme comme aujourd’hui,
l’impossible face-à-face avec moi-même … l’éternelle tourmente, ou les tourments éternels . Je sais que je crée mes propres peurs, que je fais en sorte, inconsciemment, de les rendre beaucoup plus
fortes que moi .