Voilà ce qui est le lot des exclus de toute une vie, j’avais des tendances mortifères, j’ai vécu mille vies en endossant les souffrances des
autres, et je n’ai jamais eu de vie propre, je veux partir, je ne peux pas rester davantage dans ce monde cauchemardesque, il m’a tuée, on m’a tuée, je me suis tuée, qu’importe, le mal est fait, il
est irréversible, mon état va s’aggraver, trop de chocs à répétition, trop de confrontations en chaîne avec une réalité si dure, pourquoi la vie est-elle pour moi un châtiment, quand d’autres la
voient comme un don … L’image de la tournante au plus profond de la terreur, de l’horreur, cette tourmente c’est tellement pire qu’un raz-de-marée, il n’y a pas d’ailleurs, et plus jamais aucune
porte ne pourra s’ouvrir, elles ont toutes été claquées sur moi, par d’autres, par moi-même . Destruction, noyer tout ça en sombrant dans des ténèbres d’oubli, j’ai perdu les mots, la voix, mes
mains, tout, mon âme se perd, mon cœur, je ne l’entend plus, ce qui résonne est un silence qui me fait encore plus peur, qui a connu ces ténèbres, les affres de l’angoisse, retour au vide mais avec
tout ce poids en plus, oublier, oublier, chasser les images, je n’en peux plus, vraiment, je meurs d’angoisse, j’ai la gorge tellement serrée, je n’ai plus de corps pourtant j’ai la nausée,
qu’est-ce qui m’a donné cette fièvre qui monte, mes veines se gonflent, pourtant je sais qu’il ne me reste presque plus de sang, pourquoi y a-t-il une vie, ou elle n’est pas … ça, les uns après les
autres, je n’ai plus besoin de rien, il est bien trop tard, je demande juste, j’implore, je me traîne à genoux, par pitié qu’on m’achève, je suis peut-être coupable, mais cette sentence-là est la
pire des condamnations, errances, dérives, la perte, il n’y a même plus de place pour le déni, ce sont des faits écrasants, incendiaires, c’est la fin de tout, je suis perdue, je n’appellerai
personne pour me secourir, rien ne sert à rien, d’ailleurs je suis censée n’être plus seule mais c’est terrifiant et glacial, je le suis encore plus, et je ne peux rien déballer, ni me délester,
c’est à mourir de terreur, la traîtrise à chaque coin de rue, derrière chaque arbre et sur tous les chemins, des endroits qui n’ont l’air de rien, mais c’est là que se dissimulent les pires
menaces, les dangers mortels, les serpents géants, tout ça me dévore, m’engloutit … je suis seule, seule à couler devant témoin, un témoin qui s’en fout, qui ne veut rien entendre, qui veut tout
pour lui, rien pour moi, pas d’écho, pas de voix, et nulle part, un bras, les coupables dorment du sommeil du juste, et je paie pour tous les innocents accusés injustement, condamnée à la pire des
peines puisque la sentence est tombée dans ce tribunal diabolique, mon Dieu, pourquoi ? Je perds conscience, je perds pied, je perds connaissance, pitié, qu’au moins s’estompent les scènes,
les images et les mots, j’implore le ciel à genoux, ce voyage dans les ténèbres est le pire de ma vie, enfin je ne sais pas, je ne sais plus, j’ai oublié, mais la violence règne en maître sur ce
qu’il me reste, je survis en mourrant, je meurs en survivant, je dois me taire, personne ne m’entend, les murs se sont encore resserrés avec l’étau, le couteau sur la gorge, la lame froide dans le
cœur, le mental embrasé, et tout est à l’envers, rien n’a de sens, il n’existe plus de boussole, la mienne était cassée depuis une éternité, mais là je suis bloquée, écrasée entre deux
espaces-temps, temps mort, arrêt sur image non-désiré, rejeté, horrifiant, ce plan est diabolique, je ne veux plus, je ne peux plus, j’ai peur, il fait trop noir, je perds connaissance … il n’y a
plus rien . Un néant triomphant . Le vide encore, le vide toujours, et le trop-plein, adieu la vie possible, je n’ai pas de regrets, je n’ai rien vu de beau, une vie en noir et blanc, et le noir
dominant le blanc, mais pas le blanc de la pureté, celui de l’aveuglement . Où est partie la réalité ? Je tombe . Finie . Pour de bon . Quand on sombre à ce point, c’est la fin, ou une fin .
Aujourd’hui j’ai saigné pour la dernière fois . C’est une journée que je n’aurais pas du vivre, ou subir . Encore une dernière, une de trop . Je n’ai pas pu trouver d’issue de secours, et si
j’essayais de me convaincre moi-même que j’étais devenue misanthrope suite à tout ce qu’il m’est arrivé hier, parce qu’aujourd’hui, même schéma, non à cause des personnes elles-même, mais parce que
je ne pouvais plus supporter la moindre discussion avec quiconque, et je me suis fait harponner non-stop, dès que j’ai fait un pas dehors, je voulais faire le plus vite possible, que personne ne me
voie, que je puisse faire aussi vite que possible seulement … mais je me suis fait traquer, et harponner, j’ai fini par passer du stade de l’épuisement extrême après une nuit trop blanche, au stade
de la pile électrique, je ne peux plus supporter la moindre discussion factice, ne rien montrer m’a achevée, et j’ai mis un point final à ma vie en bloquant au niveau de l’écriture . Je ne peux
vraiment pas aller plus loin, c’est mortel, mais pourtant alors que je venais ironiquement de parler de miracle impossible, j’ai reçu un vrai signe du ciel de quelqu’un qui est la dernière personne
à me soutenir de loin, mais que je sens si proche, je n’ai pas le droit de laisser la mort m’emporter après avoir reçu un signe aussi intense, aussi lumineux . Mais je suis vraiment épuisée . J’ai
peur de tout, et de tout le monde, je n’en peux plus, je ne peux plus écrire, je me sens mourir, que celui qui m’a envoyé ce beau message le sente … je n’ai plus les mots . C’est Dieu que
j’implore, toutes mes forces mon quittée, je me sens plus qu’à bout, au bout, et pas seulement psychiquement, mais encore plus physiquement .