Je ne peux espérer, comme quand j’étais gosse, que les terrifiantes images finissent par s’user à force de les
repasser en boucle, je suis épuisée mais je continue à faire cette fixation infernale, il n’y a aucun échappatoire possible, je suis en plein désassemblage, décalage, décomposition, je ne sais plus
rien hormis cet enchaînement traumatisant, je ne peux pas vaincre ça, et l’écriture ne me décharge de rien, c’est trop lourd, trop fort, trop violent . A se demander si ce n’est pas l’enfant perdu
qui est toujours en moi qui est en train de ressurgir, brutalement, qui appelle au secours, quand je ne sais vraiment plus quoi faire, quand je me sens acculée dans un coin d’acier recouvert de
morceaux de verre, et ils commencent à entrer dans ma chair, et l’étau m’enserre de tous côtés, mon angoisse est bien de nature et d’origine psychotique, je suis en plein disfonctionnement,
perdition, naufrage, ravage, je ne sais plus qui je suis, est-ce que je me perds dans la déraison, ou reste-t-il une toute petite parcelle de moi … celle qui tente éperdument, sous l’emprise de la
terreur, d’écrire à tous prix, parce qu’il n’y a personne, parce que rien ne m’empêchera de sombrer, parce que je tombe en lambeaux, dévorée par une angoisse tellement démesurée que je suis en
plein chaos, secouée en tous sens, c’est comme si tous mes traumatismes s’étaient ligués contre moi, au plus sombre de mon inconscient, au plus profond, là où le danger est mortel, comme si tout
s’amalgamait dans le plus monstrueux des registres, je haïssais les amalgames mais j’en suis devenue la proie . C’est trop pour moi, je ne peux pas me battre, il y a ces images terrifiantes, ces
bribes de phrases que je voudrais tant étouffer, mais qui s’acharnent à revenir, mes tympans se perforent de l’intérieur, toutes les images parasites reviennent, triomphantes, vraiment en force,
comme si ça ne suffisait jamais, comme s’il fallait vraiment qu’un Destin fataliste s’empare de moi, encore, pour que vienne ma fin, je ne sais plus où je suis, qui je suis, je suis hors du temps,
je suis plus prisonnière que jamais, cette spirale est vraiment la pire torture
que j’aie pu connaître, je
ne veux rien raconter, je veux perdre la mémoire, je veux mourir, je ne sais plus, je suis perdue, tout ce monde me terrorise, il me détient, il me tient, il aura raison de ce qui me restait de
raison, je ne peux plus supporter cette souffrance démesurée, comment la tuer sans me tuer, moi ? Je ne suis pas assez shootée, je suis en état de choc, et rien n’y fera, en plus je n’écris
plus, j’abandonne dans ma fuite, je suis morte, je suis dans un désert de pierre entouré, étrangement, de barbelés, je ne peux pas respirer, je ne sens plus mon corps qui se tord, tout tourne de
plus en plus vite dans ma tête, et le pire ramène le pire, et après … et tout de suite … personne ne peut comprendre, je veux m’assommer pour ne plus du tout penser, je veux perdre connaissance, je
suis déjà dans un état semi-comateux, entre la vie et la mort, je ne lutte plus, plus du tout, je ne lutterai plus jamais, l’enfant qui n’a eu le droit de vivre est revenu pour me faire payer le
prix fort, je suis encerclée, écrabouillée, broyée, je ne vois plus rien sauf … toujours ce dont est faite la spirale, c’est la pire de mes dérives, c’est trop réel mais au niveau réactionnel je
sais que je vais beaucoup trop loin, impossible de relativiser, je suis hors-réalité, j’ai peur que cette déferlante m’emporte dans la déraison, je ne veux plus rien, pourquoi le sort s’est-il
acharné sur moi,
toute ma non-vie pour que je tienne pour rien, que je résiste encore et encore, je ne suis pas de taille, ces visions vont me tuer, je ne connais rien à part la perte de connaissance qui puisse
constituer, à défaut d’issue, un échappatoire même temporaire . J’avais envie de hurler, mais plus maintenant, je me suis épuisée comme jamais, j’avale n’importe quoi, je ne sais plus ce que je
fais, ni ce que je fais là, que ce film trop réaliste d’une violence inouïe s’arrête, je veux me mettre en stand by, je ne tiens plus, j’ai perdu l’équilibre irrémédiablement, je savais, je
sentais, mais j’ai suivi le courant le plus dangereux qui soit, et des bêtes féroces ont surgi de partout, de nulle part, je ne peux rien expliquer, rien dire, je garde le silence, même mon cri
muet est mort au creux de moi, pourquoi autant, pourquoi tout ça, pourquoi jamais de répit, jamais de repos, je suis un élastique usé qui est en train de casser, mais trop lentement, je suis plus
écartelée que jamais, j’ai survécu, je suis morte, je ne sais plus, rien n’a plus d’importance, plus personne, personne ne saura jamais comment j’ai perdu pied de manière irréversible, le silence
l’emportera, il m’emportera, moi, remplir des lignes et des pages, pourquoi ? Illusoire et vain, un dernier effort pour dévoiler ma nature psychotique, cette fois je ne peux pas revenir à une
forme de logique, je suis exsangue mais les images défilent encore, figures ricanantes, masques de mes peurs les plus profondes, de mes pires angoisses, je suis au bout, à bout, j’ai fait le tour,
pas de tournant dans cette non-vie, que des croisements mortels, quelque chose qui vacillait s’est brisé pour de bon, et rien ne pourra réparer tout ça, il ne me faut qu’une camisole chimique, il
n’y a plus rien d’autre, il me faut un ultime passage à tabac, un matraquage, me tuer pour tuer la folie qui m’habite, que personne ne sache jamais …