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Les mots que j’ai entendus d’une oreille et qui ont fait écho en moi tout à l’heure ne sont même plus là . Je les ai
notés . C’est une fille jeune, dont c’est le premier livre, elle fait un carton . Elle semble si nerveuse, je ressens ce qu’elle ressens, toute cette tension, c’est son premier passage à la télé,
et jamais je ne pourrais … J’ai noté quelques mots, pour tenter, désespérément, de trouver de quoi rebondir sur des choses essentielles, mais je ne suis vraiment pas à la hauteur … C’est étrange,
elle dit des choses que je ressens, mais elle est vivante, sensible, intelligente, jeune, profonde … tout ce que je ne peux pas être …
La télé en fond … « La société est sclérosée » … Certes, mais je suis la plus mal placée pour faire bouger quoi que ce soit, plus nulle que moi tu meurs … m’exprimer sur quoi que ce soit qui puisse faire sens, et trouver un écho … quoi qu’on m’ait dit sur mes écrits … c’était avant, c’était … dans une autre vie, ou c’était quelqu’un d’autre . Pas moi . Rien de bon ne peut émaner de ce moi que je récuse, que j’accuse … La culpabilité … je ne connais que ça … je passe mon « temps » à m’excuser, à dire pardon à qui me heurte dans la rue, comme si j’avais commis tous les crimes de la terre . « La troisième guerre mondiale, ce sera de ma faute » … ça n’est pas après moi le déluge, bien au contraire, c’est bien ça qui m’inquiète et me renvoie à la culpabilité, encore et toujours Vilain petit canard, tu ne changeras jamais, ne te regarde pas, c’est normal que tu te détestes, tu es moche, et tu fais peur, tu fais horreur, tu inspires le dégoût, ou la peur, tu fais fuir, tu as toujours fait partie des exclus . C’est injuste pour tous les autres, sauf pour toi .
« Raconter ses drames sans en faire un drame » … c’est ce que je voulais faire, mais j’échoue en tout, je fuyais le pathos, m’a-t-il rattrapée ? Si c’est le cas, rien de pire ne pouvait m’arriver . Je suis passée de l’univers de Sagan que j’appréciais particulièrement à une époque, à Moravia, un écrivain de génie qui faisait partie de mon monde intérieur … « le mépris » … ce livre m’a beaucoup troublée … comme une prémonition … rien à voir avec le film …
« Regard de tueuse » . Je connais trop bien, c’est le genre de regard qu’on me décoche, et qui me fusille partout . « Visages faux » . Parfois je ne vois que ça . On me dit « t’es pas moche », ça ne change rien, on ne me dit pas que je suis belle, et je reste à tout jamais le vilain petit canard qui ne parvient plus à se masquer . Une interview … « Fêlures dans le cristal » … ces mots-là, je les ai écrits si souvent, je ne suis faites que de fêlures, et même de fractures irréductibles … L’avortement … inscrit en moi, la pire des culpabilités, j’ai écrit « j’ai tué l’enfant » … mais c’est à la fois celle que j’aurais du être, et mon enfant dont je porte le deuil …
Toxico … j’en suis vraiment devenue une, dernier degré, dépendance extrême … danger … engrenage, et toujours la spirale infernale, comme une constante qui donne le ton …
Pas assez femme, pas à la hauteur . Exactement ce que je suis, ce que je reste à tout jamais à mes propres yeux . Encore le fruit du « Hasard » … l’image de la chenille … la symbolique … et la problématique du papillon … Métamorphose impossible, seulement pour moi …
On dit toujours de toute drogue dure : « Au début on en prend pour être bien ( je dirais moins mal … ) après pour ne pas être mal, mes doses massives de médocs me provoquent des nausées, des vertiges, des malaises, des tremblements, et même des syncopes … Avant je trafiquais les ordonnances, mais j’ai arrêté, et sans psy c’est devenu de plus en plus compliqué . Alors c’est panique à bord pour de bon … en manque, c’est terrible ... Je suis plus que dépendante . Je n’envisage même pas de me passer de mes médocs un jour …
Avoir confiance en moi … impossible . Je ne me suis pas vraiment structurée de façon à tenir debout, puisqu’on a écrabouillé tout ce qui pouvait construire en moi la nécessaire « estime de soi » … toujours rabaissée … systématiquement … ma mère ne comprenait pas … je l’aime .
Perdre les larmes . Je l’ai dit mille fois, sa phrase mortelle a eu cet effet-là … Tout apprendre … je n’ai rien appris d’autre que le vide, et me rouler en boule, là encore, ça correspond, mais là celle qui répond à ces questions qui vont dans l’intime ne parlait pas d’elle-même . Ca s’adapte à mon « cas » . Le négatif …
Comment perdre l’amour … ça fait peur … je n’ai jamais connu l’amour que de manière unilatérale, quant au reste, je vois, mais je ne comprends pas, même si j’avais les références .
« Je me tuerais pour toi » . Je le ferais pour sauver n’importe qui, et pas parce que ça m’arrange, c’est naturel chez moi, je ne connais que cet élan-là . J’aime tant les autres . Chaque vie est infiniment précieuse à mes yeux … à l’exception de la mienne …
« Ecrire sublime tout, transcende tout, on n’a pas la maîtrise de sa vie, elle nous échappe, mais on peut choisir les mots … » Là je suis larguée, je ne trouve pas de source de vie dans les mots, tout ce qui émane de moi, je le juge comme je me juge moi … Le terrible effet-miroir …
« Vivre trop près des choses, transformer le désordre en ordre, reclasser » . J’en suis incapable, sinon je parviendrais à écrire, et peut-être … qui sait … apprendre à vivre me serait possible, ou du moins envisageable, mais il n’en est vraiment rien .
Reconstruire une personnalité . En mille morceaux, et jamais construite . Mission impossible. Et pourtant sans ce travail-là je cours droit à ma perte . Et personne ne peut le faire à ma place, je sais, je sais .
Se réapproprier … quoi ? Je n’arrive à rien … la preuve … on dirait un test … ce ne sont que des idées qui passent, des idées d’aiguillage …
Ecrire en voulant se protéger davantage … de la vie qui me fait si peur, si mal … si seulement c’était possible … Je ne sais pas me protéger, bien au contraire, je l’ai assez prouvé …
« Rien de grave » . Ma pseudo-vie n’est qu’une souffrance de luxe, et je le pense, même si … même si … Effectivement en ce qui me concerne moi … je dirais que je n’ai « rien de grave » … et que dans ma non-vie, « rien de grave » ne se passe .
« Je hais les dimanches » … une vieille chanson dont ma mère chantait toujours le refrain, d’ailleurs elle saisissait une phrase, ou un seul mot, et entonnait des tas de chansons … la musique onirique .
« Le rêve comme une vie parallèle » . Pas pour moi, je n’ai jamais eu d’espace imaginaire, l’onirique m’est étranger … Roman-fiction impossible . Et la phrase de Pessoa … il faudra que j’en parle, elle est magnifique . « La Littérature existe parce que la vie ne suffit pas ». Certes …
« Des histoires achevées et non achevées, qu’est-ce qu’il en reste ? » Il ne reste rien, à part le vide . « La descente … pas si mal, après on découvre le printemps, etc … ça n’est plus le même écrivain depuis un moment, mais même si j’aime celle-ci aussi ( la première m’a plus touchée … quelques points communs, sans doute … ) . Là je ne peux pas suivre, les p’tits nuages roses et bleus, c’est vraiment … pas mon truc . Je ne connais que l’ombre …
« Personne à appeler, à aimer … le pire » . Je suis d’accord et là, c’est bien sur ma longueur d’onde, sauf que je n’ai aucune référence en positif … J’ai aimé, j’aime, mais rien pour moi . On chute quand on ne fait rien … j’en sais quelque chose .
Je suis à l’abri, quand j’écris … je n’avais jamais vu les choses sous cet angle-là . J’étais en train de me laisser mourir, et puis … pas de hasard, encore une fois, alors que j’étais au plus bas et que ça me met en danger réel … immédiat, je ne suis un fardeau, un boulet que pour moi-même, à essayer de me battre contre les mots au lieu d’en faire mes alliés et d’exprimer mes émotions au lieu de tout faire pour les tuer, alors que je ne suis faite que de ça .
L’écriture comme nécessité vitale absolue, dans cette béance où n’a de place qu’un vide existentiel tellement immense que seule la mort saurait y mettre fin . Conflit intérieur entre un moi et son double non reconnu …
Qu’est-ce qui peut s’engouffrer dans une béance d’une telle démesure, à part ce vide, résultat d’une fracture irréductible, d’une effraction initiale au plus profond de la structure identitaire même, un processus mortifère … qui un jour aboutira à ce qu’on croit être le néant ...Aucun commentaire pour cet article